La Famille Fried - Herlies - Faa'a - Nouméa

Une petite famille qui change de vie...Départ d'Herlies pour Tahiti, puis la Nouvelle Calédonie ! Ce blog est principalement destiné à nos proches, famille et amis. Nous souhaitons que ce blog leur permette de partager notre nouvelle vie aux antipodes !

12 mai 2008

20 ans après, Ouvéa

2008 voit la commémoration du 20° anniversaire des évênements tragiques d'Ouvéa. Pour l'occasion RFO a diffusé deux reportages. Autopsie d'un massacre, d'Elisabeth Drevillon et Retour sur Ouvéa, de Mehdi Lallaoui. Petit à petit, la parole se libère.

grotte benoit_tangopi
Benoit TANGOPI, un ancien preneur d'otage, que l'on voit dans les 2 films

Un court rappel des faits. Depuis 1984, la Calédonie est sous tension. Le mouvement indépendantiste kanak se réveille. En 1988, les kanaks refusent le statut Pons que la France veut leur imposer. Le FLNKS, dirigé par Jean Marie Tjibaou, promet des actions. A Ouvéa, un groupe de Kanaks propose alors d'envahir pacifiquement les gendarmeries et d'y dresser le drapeau indépendantiste jusqu'au 2° tour de l'élection présidentielle.

Le 22 avril 1988, des kanaks entrent dans la gendarmerie de Fayaoué, un gendarme sort son arme et tout dérape. 4 gendarmes seront tués. Le reste de la brigade est emmené, séparé en deux groupes: l'un part vers le sud d'Ouvéa, l'autre vers le nord. Le groupe du nord s'installe dans une grotte près de la tribu de Gossanah. Le groupe parti vers le sud libérera rapidement ses otages. Entre les deux tours de l'élection présidentielle, la prise d'otage prend une tournure que les kanaks ne maîtrisent pas. L'Etat confie la mission de libération des otages à l'armée. L'île est alors coupée du monde. Les habitants de la tribu seront torturés pour obtenir des informations. 

Lors de l'opération Victor, le 5 mai 1988, une pluie de projectiles s'abat sur les preneurs d'otages. Ceux-ci sont complètement dépassés. Les otages sont libérés sans avoir subi de violence. Après l'assaut, mené par le 11° choc, les commandos Hubert et le GIGN, "des actes contraires à l'honneur militaire" vont être commis, ce que l'armée continue de nier 20 ans après. D'après les témoignages, (voir la photo de paris match ) Wenceslas LAVELLUA sera emmené dans la grotte et abattu d'une balle dans la tête. Un jeune porteur de thé, Patrick WAINA, sera également abattu. Alphonse DIANOU, le chef des preneurs d'otages, qui a reçu une balle dans le genou, sera exposé au regard des militaires sans soin, sa perfusion arrachée puis sera battu à mort pendant son tranfert. Les corps des 19 preneurs d'otages morts seront entassés dans un filet qui sera transporté sous un hélicoptère...

Bilan final: 29 morts. Afin de calmer la situation (et d'étouffer l'affaire), les accords de Matignon seront signés le 22 juin 1988. On promet un référundum d'autodétermination aux Kanaks. Les meurtriers des deux camps sont amnistiés par le gouvernement ROCARD.

19_morts   accords_matignon
Sépultures des 19 morts. Tjibaou et Lafleur lors des accords de 88

A la fin des deux reportages, les anciens preneurs d'otages sont unanimes: "nous aurions préférés être jugés, condamnés et en prison, tout comme les militaires qui ont commis ces crimes".

Les reportages mettent en évidence les mensonges d'Etat: François MITTERAND, Jacques CHIRAC, PONS, le Général VIDAL portent une lourde responsabilité dans la tournure sanglante des évênements. Seul le capitaine du GIGN Philippe LEGORJUS fait preuve d'honneteté. Jean Marie TJIBAOU, le chef du FLNKS, étrangement silencieux et inactif pendant la prise d'otage, sera assassiné un an après avec Yeiwéné Yeiwéné, le 5 mai 1989 par Djubelly WEA lors d'une cérémonie à Gossanah.

Un trés beau film, Tjibaou, le pardon, de Gilles DAGNEAU et Walles KOTRA, raconte la coutume de pardon entre les familles Tjabaou, Yeiwéné et Wea, 15 ans après, en août 2004.

JM_Tjibaou tjibaou_pardon Tjibaou_Wea
JM Tjibaou / La coutume de pardon / Mesdames Tjibaou et Wea

Cette année, pour la première fois, les gendarmes et les habitants de Gossanah se sont recueillis ensemble à Ouvéa.

Les archives nationales ne seront disponibles que dans 40 ans. D'ici là, de nombreux protagonistes ne seront plus de ce monde...mais leurs orphelins, oui...

kanaky_2_90b9b monument_wadrilla small_nc_FDJ_lever_drapeau

La vérité, même odieuse, n'est-elle pas préférable au silence, quand il s'agit de construire un avenir commun ? L'amnistie ne cristalise-t-elle pas plus les rancoeurs qu'un procès ? 20 ans après, beaucoup de questions restent en suspend.

Edit du 15 mai: la diffusion des reportages fait grand bruit en Calédonie. Il y a un début de polémique. RFO est accusée de mettre de l'huile sur le feu et de raviver les tensions par une partie de la population (RRB en tête...). On accuse Mehdi Lallaoui d'avoir privilégié un point de vue unique, dans un but politique. Mais le principal, c'est qu'on en parle.

Posté par fried à 11:28 - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

"Mourir à Ouvéa" écrit par Edwy Plenel et Alain Rollat et Tjibaou, le Kanak ( de ce dernier même auteur ) sont deux très bons ouvrages à lire sur ce sujet

Posté par Françoise, 13 mai 2008 à 11:54

oui le film sur le PARDON est excellent..j'ai eut la chance de le voir.. et bien ton poste sur tous ces sujets .. avec le recul oui on comprend mieux beaucoup de choses..
bon mardi...
manola

Posté par manola, 13 mai 2008 à 19:57

oui on reproche à ce film de ne montrer qu'un côté, et c'est malheureusement vrai. Tu as raison de dire qu'il est important d'en parler. Mais encore faudrait-il que ça soit fait avec objectivité et en montrant tous les protagonistes.
Et comme d'habitude, c'est cela qu'on va montrer en métropole, où les gens se permettent d'émettre de jugements à l'emporte pièce, sans savoir réellement de quoi ils parlent, en oubliant le lourd tribut qu'ont payé les familles des gendarmes assassinés. Les journalistes oublient même fort souvent de mentionner que Tchibaou a été assassiné par l'un des siens, laissant parfois sous entendre que c'est l'état français qui a commandité ce meurtre.
J'avais 8 ans quand c'est arrivé, j'ai encore des souvenirs de 84 à 85 où nous nous barricadions parfois, ma mère le fusil proche d'elle. Alors quand je vois ce qu'on me balance ici à paris, sans savoir deux secondes de quoi en parle, j'en veux terriblement aux médias. Ces médias qui choisissent ce qu'ils montrent, qui à nous calédoniens ne nous ont montré aussi beaucoup de fausses vérités sur la métropole, continuant ainsi de colporter les idées reçues....Que tout le monde aille relire le mémorial calédonien, avant de se faire une vraie opinion sur notre île...
Bref, Medhi Lallaoui vient de reconnaître lui même qu'il a en effet privilégié un seul point de vue.
Pardon pour ce long commentaire.

Posté par annelise, 16 mai 2008 à 00:39

et avant qu'on interprète mal mes propos, il ne s'agit pas de défendre un côté ou l'autre, hein, mais d'espérer avoir des documentaires objectifs, relatant les évènements sans parti pris, et interrogeant tous les protagonistes :-) Quand je parle d'idées reçues, vous n'imaginez pas tout ce qu'on pense de la métropole quand on la voit à la télé ! Une fois sur place, on se rend compte qu'on nous montre pas mal de bêtises :) Par exemple, pendant mes études, il y a eu les émeutes en région parisienne, et ça a été présenté comme si Paris brûlait. Habitant dans le 11e à l'époque, je n'ai rien vu. Et mes parents, eux à nouméa, paniquaient à cause de ce qu'ils voyaient aux infos. De la même façon, "grâce" aux supers reportages stupides diffusés, les gens continuent à me demander si je vis dans un case ou pas. Merci les médias :-)

Posté par annelise, 16 mai 2008 à 00:48

Je n'ai hélas pas vu les deux films en question. Je me souviens que lorsque j'ai quitté la métropole pour venir en Nouvelle Calédonie en 1986, les copains parisiens pensaient que j'allais dans un pays en feu. Lorsque je rentrais en vacances Barbès avait sauté, le RER aussi et les calédoniens pensaient que nous étions fous d'aller passer du temps là bas.
La vision catastrophiste et trop souvent partiale de nos amis journalistes déforme considérablement la vérité. A titre d'exemple Le Point montrait la place des arrêts de bus de Nouméa en légendant sa photo un barrage kanak. Comme quoi...

Un coucou à Stéphane et Maeva :)

Posté par Adrien, 16 mai 2008 à 22:41

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